Emilie’s trip

story-board of Emilie’s trip, paper pencil, © Maël Bret 2018 story-board of Emilie’s trip, paper pencil, © Maël Bret 2018 story-board of Emilie’s trip, paper pencil, © Maël Bret 2018 type: filmgenre: thrillerduration: shortstep: screenplaytechnique: still pictures animation. Synopsis: Emilie, a student […]

type: film
genre: thriller
duration: short
step: screenplay
technique: still pictures animation.

Synopsis: Emilie, a student in Political studies, begins a exchange programme in a country where she doesn’t know the language and the laws. Little by little, the veil of ignorance rises up, and Emilie learns to decode some signs. One day, she suspects the janitor of her dorm to kidnap children. The young woman decides to investigate by herself.

Émilie, étudiante à Sciences Po, débute un échange universitaire dans un pays où elle ne maîtrise ni la langue ni les lois. Peu à peu, le voile de l’ignorance se lève, et Emilie apprend à en décoder certains signes. Un jour, elle soupçonne le concierge de son dortoir d’enlèvement d’enfants. La jeune femme décide alors d’enquêter par elle-même.

ci-contre : extrait du story-board

ci-dessous : extrait du scénario* 

1 SEQ. INT – AVION – PETIT MATIN

La caméra avance lentement dans la cabine du 747 bondée de dormeurs. Les turbines sifflent sourd, recouvertes d’une épaisse couche de feutrine. Faible lumière. À droite, progressivement un sifflement pointu perce les tympans : une oreille qui se débouche, puis l’autre. De curieux bruits de ventres, glouglous, pets, secousses naissent ici et là. Les plastiques du plafonnier grincent et claquent comme des dents.

La caméra s’arrête doucement sur une jeune femme de 22 ans aux cheveux rouges : Émilie somnole.
Un homme obèse à côté d’elle ronfle un masque de sommeil en velours sur les yeux. Son visage perle une goutte de sueur.

D’autres secousses douces. Un sac tombe. Le haut-parleur grésille :

  • CHEF DE CABINE en haut-parleurs
    Ladys and gentlemen, notre appareil est actuellement dans l’impossibilité d’atterrir pour cause de mauvaise visibilité. Nous attendons l’autorisation pour un atterrissage d’urgence à l’aéroport de Shanghai Hongjiao… L’interruption du trafic de l’aéroport de Pudong étant maintenu jusqu’à nouvel ordre…

Les passagers se réveillent et commencent à geindre. Un bébé hoquette.

  • CHEF DE CABINE en haut-parleurs
    Nous faisons notre possible pour minimiser le retard estimé actuellement à 4 heures 30. Nous prévoyons d’atterrir entre 6 heures et 7 heures, heure locale. La température extérieure est de – 8° pour une température au sol de 2°. Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée.

Toute la cabine grommelle. Le chef de cabine refait l’appel en Mandarin.

C’est au tour des passagers Chinois de huer.

2 SEQ. EXT – PISTES – PETIT MATIN

La porte de l’appareil s’ouvre sur le dehors. Le déchirement de l’air cingle la face et les oreilles. Pluie raide et cinglante. L’hôtesse fait descendre les passagers à la queue-leue-leue par une rampe à l’air libre. Leurs silhouettes dodelinantes disparaissent dans un épais brouillard.

Sur les pistes, l’amas de gris efface tout, fait buvard de tout. Est-ce le jour ? Est-ce la nuit ? Les astres semblent s’être figés dans le vide absolu.

Les silhouettes des passagers se pressent encapuchonnées dans le froid. Le fuselage boulonné de l’avion dégouline de jus noir.

Émilie et sa silhouette d’1 mètre 55, écrasée entre les doudounes et les k-ways de la file, descend, sa capuche pointue qui tombe sur sa tignasse rouge qui tombe devant ses yeux. Les marches glissent. Émilie s’arrête. Elle sort son appareil reflex et prend une photo du bout de l’aile du Boeing gommée par la grisaille.

Un mini-bus arrive plein-phares. L’hôtesse se presse pour faire monter les passagers. Le vent brise son chignon et disperse son immense chevelure qui s’accroche dans les portes du bus. Elle crie. Un steward accourt pour les lui détacher, fait signe au chauffeur du minibus de piler. Les passagers aux visages enfermés piétinent d’impatiente, râlent, grelottent.

3 SEQ. INT – GUICHET DE L’IMMIGRATION – MATIN

Brouhaha sonore de terminal international. Annonce nasillarde en mandarin, écho interminable, valises qui roulent, chaussures qui crissent… Une Chinoise de 35 ans à la bouche minuscule – uniforme rouge et gants blanc, sourcils taillés en biseau – arrache le passeport d’ Émilie sous la vitre du guichet. La femme porte à la lumière l’étiquette du visa orné de la grande muraille, dont les briques minuscules s’irisent vert-argent. La pupille noire de la chinoise glisse sur le dessin avant de faire des va-et-vient sur la face d’Émilie, vide, dont elle inspecte le fond.

Contre-champ sur Émilie dans le cirage, les cheveux rouges de feu, les paupières mi-closes, le teint piqué, joues pendantes. Air vitreux.

La Chinoise tamponne le passeport avec violence et le recrache d’un geste sec, tend son bras raide sur la droite pour faire dépêcher la jeune ébouriffée. Passager suivant.

4 SEQ. EXT – DÉPOSE MINUTE DU TERMINAL – MATIN

Émilie sort de l’énorme bâtiment sur ses toutes petites jambes – édifice de verre et de béton surmonté de caractères rouges évanescents – L’autoroute est bruyante, tel un gouffre d’acier. Les taxis jaunes et verts s’agglutinent en ligne contre le trottoir, l’éclabousse : boue stagnante couleur cendre. Les faisceaux des phares n’éclairent rien. Plusieurs taxis repèrent Émilie et la prennent en tenaille. Les chauffeurs l’alpaguent. L’un d’eux hurle et klaxonne plus que les autres. Émilie obtempère et jette son sac de voyage sur la banquette arrière.

5 SEQ. INT – TAXI – MATIN

Émilie, la chevelure écrasée par la pluie, la voix rauque et sèche, bredouille une phrase en chinois sous le coup de l’émotion :

  • EMILIE
    Ni Hao, wo, wo, wo, chu, tsaï Dachuée Rongshao, ji gué, ji gué

Elle tend au chauffeur son plan de la ville soigneusement annoté de toutes les adresses utiles.
Le chauffeur, 55 ans, blouson bleu, cheveux courts, la mine burinée et patibulaire, claque violemment le tableau de bord avec sa paume de main. Ça fait grincer l’acier.

  • CHAUFFEUR
    Lìjí fùkuǎn !

Une petite icône de Mao dorée à gliglis rouge accrochée au rétroviseur oscille sous les coups. Le chauffeur s’impatiente.

  • CHAUFFEUR
    Kuài ! Kuài !

Émilie, paniquée, ouvre son énorme liasse de billets de 100 frais, en donne 2 au chauffeur qui les inspecte et les bourre dans sa poche.

Elle lui remontre le plan.

  • EMILIE
    Géli géli ! Dachuée Rongshao, wo chu…
  • CHAUFFEUR remuant sa main énergiquement en signe de refus
    Hǎo ! Hǎo ! Hǎo !

Il met contact. Les petits téléviseurs des appui-têtes en tissu s’allument dans le vacarme et la couleur : une série de publicités roses, jaunes, vertes sautent des écrans au son de tubes de variété criards, chantés par des mannequins à grandes mèches et costumes rouges étriqués, visages de femme pâles aux grands yeux.

Le taxi emprunte un énorme échangeur en klaxonnant à tout va les scooters qu’il frôle, jaillissants du brouillard, remuant comme des feux follets, avec leurs grandes capes noires, rouges, jaunes dans la tempête. Émilie sourit en les regardant. Dans le reflet de ses yeux, s’agitent des sorcières sur leur balais, avec de longs cheveux.

Dans le ciel, d’immenses fantômes avancent puis disparaissent, masses volumétriques, semblant d’immeubles, ombres à peine. Seules quelques lignes de la route apportent une illusion de repères.

Le taxi roule vers dans ce néant qui bouche la vue. Le vieux moteur diesel souffre à chaque passage de rapport. Les reflets des phares font perler les gouttelettes du pare-brise. Émilie fixe le popotin du chauffeur enfoncé dans son siège sur un petite serviette-éponge jaune et humide.

*Veuillez me contacter pour consulter le dossier de production.