A little breath

type: filmgenre: comedyduration: shortstep: preproductiontechnique: still pictures animation. Synopsis: Paris, 1936. A lace of short stories that mingle the meeting between the director Abel Gance, a prey to a violent peacefull desire, with the writer-doctor Louis-Ferdinand Céline, suffering from a terrible tinnitus. […]

type: film
genre: comedy
duration: short
step: preproduction
technique: still pictures animation.

Synopsis: Paris, 1936. A lace of short stories that mingle the meeting between the director Abel Gance, a prey to a violent peacefull desire, with the writer-doctor Louis-Ferdinand Céline, suffering from a terrible tinnitus.

Paris, 1936. Le réalisateur Abel Gance, en proie à un violent désir de paix, cherche à rencontrer son voisin de palier l’écrivain-médecin Louis-Ferdinand Céline, souffrant d’un terrible acouphène. Cette nuit là, comme par un funeste sort, le maudit écrivain vient tout juste de ce faire souffler les pages de son dernier ouvrage… Abel va t-il l’aider à retrouver son fil, et par là, à mieux envisager l’avenir ?

Un p’tit souffle est une série d’histoires courtes, lacunaires et défaillantes qui s’entrecoupent par omission d’une réplique, d’une fin. Circuit foisonnant de récits qui s’entrecroisent et de personnages travestis, le film recouvre une seule obsession : l’univers célinien. Tout part de Malö, un étudiant en médecine qui abandonne sa thèse sur l’insomnie chronique pour s’engager dans l’armée. Son périple nous emmène vagabonder dans un monde violent de sarcasmes, ou l’humanité des personnages resurgi par sursauts. Il ne s’agit pas d’une adaptation d’un ouvrage de Céline, mais d’une forme originale dans laquelle l’oeuvre et la vie de l’auteur transparaissent déformés, fidèle à sa manière, et où le sujet principal tend sans cesse à se dispercer.

ci-contre : recherches graphiques, caractérisation des personnages

ci-dessous : extrait du scénario*

19 EXT – RUE FANNY, CLICHY – AUBE (1936 – Séquence dessinée)

Les trottoirs sont recouverts d’une rosée visqueuse.

Dégringolade et ruissellement de petites choses. 

Dans l’épais brouillard, trois silhouettes de BATELEURS s’en prennent aux ordures.

Là, dans un coin, une autre silhouette émerge, filante, compacte, silencieuse, noire. Elle se rapproche, court le long des immeubles et des fenêtres. On distingue mieux : un HOMME, dans l’ombre, ébouriffé. 

Fentes et carreaux l’épient.

L’HOMME a un paquet sous le bras, arrive devant le portail du 36.

Sa main se dirige vers sur une vieille sonnette à l’écart des autres, il hésite, il appuie : un grillon à l’agonie sous un tunnel de métal. 

Des CHIENS gueulent au loin, de très loin. 

L’HOMME pousse le portail, entre dans la cour recouverte de fientes, marche timidement vers une petite porte pourrie avec de la lumière. 

Au-dessus du chambranle, en grosses lettres de pierre, une inscription : 

HYGIENE ZOCIALE.

Il entre. 

20 INT – DISPENSAIRE – PETIT MATIN (1936 – Prise de vues réelles)

Une petite pièce éclairée jaune. C’est minuscule, miteux. L’HOMME de dos croit avoir entendu un cri, il se tourne et inspecte la pièce. Il n’y a rien sur les murs, à part des schémas de nerfs, poumons, clavicules au format carte postale, un organigramme : 

docteur Ichok, médecin-chef
docteur Abisror
docteur Hirz
docteur Bloch
docteur Freud

une affichette :

Vœux de santé 1936

Soudain, dans le coin de la pièce sur un banc en bois, deux jolies DANSEUSES juvéniles en tutus papotent en ricannant. Elles enfilent leurs ballerines. Contre-champ : derrière les jolies petites cuisses, on voit l’HOMME dans l’encadrure de la porte, son visage : une gueule cassée monstrueuse comme celle de la Grande guerre, rafistolée, inhumaine. Soudain, une main se tend.

  • DOCTEUR DESTOUCHES
    La p’tite barbaque c’est tout pour moi…

Du haute de ses 1m85, blouse-blanche, stéthoscope, les cheveux en arrière, les traits tirés comme les vampires – le DOCTEUR DESTOUCHES regarde l’HOMME et son visage.

Les DANSEUSES ont soudainement disparues. Le banc est vide. 

Le DOCTEUR DESTOUCHES, tout tremblotant, se raidit contre le mur pour fixer l’HOMME. 

DOCTEUR DESTOUCHES
Qui te paye pour m’éliminer ? Assis !

L’HOMME reste immobile.

DOCTEUR DESTOUCHES
La chaise.

Il s’écrase.

Le DOCTEUR passe derrière son bureau, s’assoit sur une vieille chaise en fer coincée entre le plan et le mur.

  • DOCTEUR DESTOUCHES colérique, prêt à exploser
    T’es encore un de ces p’tits colporteurs de Libé !
    Ne mens pas !

L’HOMME reste muet, se cramponne à son paquet, se raidit.

Silence. 

Le DOCTEUR le fixe. 

  • DOCTEUR DESTOUCHES
    Je leur ai juré que la prochaine qu’un de vos chiens viendra caquer devant ma porte… J’en irai lui frotter le cuir… Qu’il en brûlera pour la vie ! 

L’HOMME trésaille, se crampone toujours plus à son paquet comme à une arme empaquetée. 

Le DOCTEUR bondit. Grincements de chaises horribles. 

DOCTEUR DESTOUCHES 
Bof…  

Le DOCTEUR pose ses mains sur le visage de l’HOMME, doucement trifouille, tâte, décroche une joue, une seconde. Les premières dents partent toutes seules, ça tire, ça résiste, ça suinte rouge dessous, ça coule… Des dents encore, une plaque de fer. Le DOCTEUR les rejette au loin comme des cailloux qui étouffent la fleur. Il cherche.

Le jour se lève. L’immeuble grouille des premiers levés, pot de chambre qui se vide, râclées. Les voisins se réveillent doucement : 

PÈRE, tout doux, à l’étage

Petite charogne…

2 EXT – VILLAGE – JOUR (1865 – Séquence dessinée)

Un clocher en zinc pointe un ciel rouge. C’est la fin des moissons.
Sur la place du village, un groupe d’HOMMES ivres urinent contre un mur.

Dans la poussière, plusieurs CHATS galeux se prélassent allongés dans des peaux de melons pourries, éparpillés, endormis dans les mouches, à moitié morts. L’oreille de l’un d’eux se tourne.

Les HOMMES font de même.

Des INTERNES (vêtus de blouses-blanches en coton et cols ronds, les cheveux gominés, chaussures cirées, lunettes rondes, arrivent en chantonnant. Voix d’enfants ultra-aiguës.

  • Les INTERNES, en chœur
    Ah Docteur, je suis malade
    J’ai la pine en marmelade
    Le gland en capilotade
    Tout le membre endolori !
    Et je coule comme la seine
    Ah docteur j’suis bien pris
    Du cul jusqu’au nombril
    Ce n’est qu’une vaste ornière !

Ils passent devant le lavoir.
Une groupe de 4 FEMMES frictionnant leurs linges, ricanent.

  • Les INTERNES, en chœur
    Les morpions nagent dedans
    Comme poissons en rivières…
    On croit baiser par-devant
    Va t’faire fout’ c’est par-derrière !
    On croit lui faire un enfant
    On n’lui donne qu’un clystère…

Sur la route, le DOCTEUR DESTOUCHES, boiteux, costume en tweed, narines en l’air, pique son troupeau d’INTERNES avec un bâton. Il hume le bon air frais. Devant lui, les INTERNES sauteurs, rieurs, baveux, se poussent dans les flaques.

Ils débouchent dans une cour de ferme. Les chants s’estompent.

Des dépendances croulantes, un tas de fumier en évidence, des pics, des crêtes, de la rouille sur des manches.

Des mouches. Un corbeau croasse.

Un HOMME immobile, chapeau bas, gros sabots, liquette blanche prie dans son champ à contre-jour. Soleil tourne, lumière rasante. Une FEMME regarde la terre, robe jaune, cheveux couverts, les mains pieuses et serrées.

Le DOCTEUR DESTOUCHES avance tout droit sur l’HOMME, ANTOINE.
La terre casse sous ses mocassins.

  • DOCTEUR DESTOUCHES, d’une voix puissante
    Ah mon bon Antoine…! Content de vous retrouver !
  • ANTOINE, arraché de sa prière
    Ben oui docteur, content… entrez don…

Le DOCTEUR mouline son bras à l’intention des INTERNES, qui s’amusent déjà à glisser leurs pieds dans le purin.

ANTOINE les invite à entrer dans la pièce. Le DOCTEUR DESTOUCHES se retint, tête courbée, gêné, rigolard :

  • DOCTEUR DESTOUCHES
    Oh non non non… Merci beaucoup pour votre invitation Antoine… mais nous allons nous dépêcher… On est déjà très en retard… On va pas vous déranger plus longtemps… Où est la malade…?

ANTOINE ouvre la marche. Leurs gros dos courbés s’enfoncent dans le paysage rouge et vert. ANTOINE pointe du doigt ses récoltes au DOCTEUR, les bottes de paille alignées à perte de vue. Les INTERNES suivent en gloussant, traversent la ferme en pas de côté, caressant les furoncles des murs, palpant la pierre, les liserais du regard, les toitures qui gondolent, passant la tête dans chaque trou béant et bourré de foin.

L’un d’eux se détache du groupe, court, prend de l’avance. Son visage est familier : PAUL TRABOUL, rajeunit. Le voilà qui colle son oreille contre une grosse étable. À l’intérieur, des pulsations, des respirations, de l’agitation.

  • VACHES
    Meuuuuuu !
  • ANTOINE, alerté
    Oh ! Heu ! Elles d’viènent folles à cause d’vo médicaments docteur…
  • VACHES
    Moueu ! Oueuuuu !
  • DOCTEUR DESTOUCHES
    Il n’y a pas moyen de les faire sortir le temps qu’on procède ?
  • ANTOINE
    Ohrf… non docteur… pas possible… pas possible…

Dans l’étable, on entend des VACHES courir, folles.

  • DOCTEUR DESTOUCHES, à ses INTERNES
    Bande de charognes ! Touchez à rien ! En route ! Au trot Traboul ! Crédié ! Gardez les mains dans vos poches ! Et d’ailleurs… comme vous avez très bien commencé à le faire… roulez-vous par terre…! Allez dans la paille… luzerne, colza… je m’en fous… Mais purgez-vous de tous votre iode ! benjoin ! Naphtaline ! Brome ! Chlore…

Les INTERNES restent figés sur place, sans réaction.

DESTOUCHES mime alors avec ses mains une taupe qui rentre dans son terrier et qui se nettoie le museau.

  • DOCTEUR DESTOUCHES
    Graf ! Graf ! Graf !

Les yeux des internes s’illuminent, Ils commencent à glapir, regardent leurs pieds emmerdés. L’un voit du foin, un autre le poulailler, un autre les clapiers, un autre les COCHONS, un autre la rivière, un autre L’ÂNE…

  • DOCTEUR DESTOUCHES
    Allez ! allez ! kss ! Kss !

Musique !

*Veuillez me contacter pour consulter le dossier de production.